Li Bai : "Pensées d'une paisible nuit"
Автор: Béatrice Desgranges
Загружено: 2021-03-25
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L'imaginaire chinois, façonné par la culture rurale, reste tributaire des rites ancestraux, qui suivent le rythme des saisons. Le confucianisme, en mettant l'accent sur le respect des rites, renforce encore cette tendance et les poètes trouvent naturellement leur inspiration dans la célébration immuable des saisons et de leurs rites telle qu'elle figure dans le 月令[yuè lìng], les "Travaux des mois ou Ordonnances mensuelles" du 礼记 [lǐ jì] (Mémoire sur les Rites).
Leurs préférences vont aux deux saisons intermédiaires : « entre les froids durs et secs de l’hiver et la chaude humidité estivale, écrit Marcel Granet, le printemps et l’automne, avec leurs pluies légères et leurs ciels variables, sont comme deux instants merveilleux : la nature, d’un coup, commence ou cesse de vivre. »
Philippe Postel, dans "L'Automne", affirme qu'un rapide inventaire des principales anthologies extraites du corpus pléthorique de la poésie Tang (50 000 textes !) montre qu'un poème sur 5 environ célèbre cette saison. Mais ce n'est jamais l'automne en général que chantent les poètes, c'est une date précise, une circonstance particulière. Quand ils ne datent pas explicitement leur oeuvre, comme Li Bai dans "Le 9° jour de la 9° lune, buvant sur le mont du Dragon", ils y font une allusion transparente. Ils recourent, pour ce faire, à un ensemble de formules empruntées au calendrier rural, 农历 [nónglì], qui divise l'année en 24 气 [qì], c'est-à-dire en 24 "souffles", ou 节气 [jié qì], des périodes d'une quinzaine de jours, caractérisées par un signe saisonnier : la "rosée blanche", 白露 [bái lù] est le qi de la mi-automne ; le qi de la fin de la saison, est celui de la gelée blanche, du givre 霜降 [shuāng jiàng]. Li Bai, dans son poème, s'interroge ainsi sur le qi de la saison : "est-ce du givre sur le sol ?" ; c'est la contemplation de la lune qui lui donne la réponse...
Chaque qi, à son tour, est divisé en trois 侯 [hòu], en 3 séquences de cinq jours chacune, associées à une expression-clef dans l'almanach populaire. Le premier souffle de l’automne, par exemple, est décrit ainsi : "le vent frais arrive, la rosée blanche se dépose, la cigale stridule" ; les trois hou de la fin de l'automne constituent une phrase du même genre : "le loup offre des bêtes en sacrifice, les feuilles jaunissent et tombent, les animaux hibernants rentrent tous dans leur terrier" ; le poète peut emprunter ces motifs pour dater son poème de manière allusive : la chute des feuilles d'érable, par exemple, évoquera le deuxième hou du qi de la fin de l'automne dans la poésie Tang.
Des correspondances supplémentaires s'établissent entre les cinq éléments (le bois, le feu, la terre, le métal et l'eau), les quatre points cardinaux, les couleurs, les fleurs et le découpage des saisons : le métal, l’ouest, le blanc et le chrysanthème sont les symboles de l'automne.
D'autres éléments, étrangers au Yueling, associent enfin des motifs convenus, qu'ils soient descriptifs ou philosophiques, à l’automne : les rivières gonflées par la pluie, le claquement des battoirs sonnant sur les pierres à laver, le bruissement soyeux des feuilles dans le vent, la séparation et tout ce qui sépare (les balustres, les paravents, les rideaux), le déclin de toute chose, le crépuscule, l'âge qui vient, l'exil aux frontières, ou l'exil de l'homme loin du ciel, l'illusion de la permanence des choses (dont la montagne est le symbole) opposée à leur vacuité réelle (symbolisée par les nuages ou la brume dans lesquels les rocs semblent se dissoudre) etc....
Chaque poète, en fonction de ses convictions et de sa sensibilité, puise dans ce répertoire commun pour construire un tableau original et subjectif de l'automne ; car, comme le note Philippe Postel, "le poème obéit à une logique essentiellement picturale", il évoque un paysage intérieur accordé à un paysage extérieur, les deux se faisant mutuellement écho : "Bien que le sentiment se distingue du paysage dans la mesure où le premier réside dans le cœur tandis que le second relève du monde extérieur, écrit Wang Fuzhi, auteur d’une anthologie de la poésie Tang, le paysage donne naissance au sentiment comme le sentiment donne naissance au paysage."
Le poème de Li Bai traduit parfaitement le sentiment de l'exil intérieur de l'homme séparé du Ciel et aspirant à l'union impossible avec lui : il traduit cette dialectique de l'extériorité objective du monde et de l'intériorité subjective du poète à travers le mouvement des yeux, levés vers le ciel dans la contemplation du clair de lune puis baissés vers la terre dans un repli nostalgique... Mais, dans les deux cas, c'est à travers l'évocation de la Fête de la lune ou de "la réunion", empruntée au Yueling, aux almanachs de la tradition rituelle, qu'ils construisent leur paysage d'automne.
La poésie Tang de l'automne est donc née d'un jeu de contraintes rituelles, rhétoriques et thématiques dont chaque poète explore à sa manière la combinatoire commune pour faire une oeuvre originale.
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